Dernière Française victorieuse d’un Majeur, en 2003, Patricia Meunier-Lebouc évoque son rôle d’entraîneur de l’équipe de France et revient sur les moments forts de sa carrière. Interview.

Patricia Meunier-Lebouc ambassadrice Lacoste

Patricia Meunier-Lebouc : « Marie-Laure de Lorenzi et Bernhard Langer étaient mes modèles »

Bonjour Patricia, depuis l’arrêt de votre carrière en 2010, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre nouvelle vie et notamment vôtre rôle d’entraîneur de l’équipe de France  ? 

J’habite à Jupiter en Floride, à 1h30 au nord de Miami, là où quelques-uns des meilleurs joueurs du monde dont Tiger Woods sont installés. Mais je ne l’ai jamais croisé, on ne fréquente pas les mêmes golfs (rires). La grande majorité des joueuses de l’équipe de France dame font partie des équipes de golf de grandes universités américaines. Je les suis sur certains tournois pendant leur saison universitaire, comme en Caroline du Sud en mars dernier, où étaient présentes Pauline (Roussin-Bouchard), Mathilde (Claisse), Candice (Mahé) et Agathe (Laisné). A la fin de la saison dernière, durant les fêtes de Thanksgiving (fin novembre), j’ai organisé un stage de l’équipe de France chez moi, sur le golf d’Ibis. Les entraîneurs étaient aussi conviés, il y avait notamment Alain Alberti, Pierre-Jean Cassagne… C’était une belle occasion d’échanger ensemble et pour les filles de s’entraîner en même temps avec leurs entraîneurs personnels. On a ainsi fait d’une pierre deux coups et vécu cinq jours très enrichissants. Je tiens très fort à avoir une relation étroite avec les joueuses et leur staff. Plus la relation avec l’entraîneur est fluide, plus je dispose des outils, des infos pour pouvoir aider les joueuses.

Malheureusement, les championnats du monde par équipe ont été annulés cette année, en raison de la crise sanitaire. Vous devez être déçue…

Oui, car c’était une année importante pour nous, nous avions de belles espérances. Du coup, la prochaine édition aura lieu en 2022 au Golf National, en France ! En revanche, les championnats d’Europe par équipe, qui devaient se tenir en juillet en Espagne auront bien lieu, mais en Suède, du 9 au 12 septembre.

Vous êtes la dernière Française à avoir remporté un Majeur, en 2003. Outre Céline Boutier, quelles sont les Françaises les plus susceptibles de vous succéder un jour, selon vous ?

Aujourd’hui, on a la chance d’avoir une jeune femme n°1 amateur (Pauline Roussin-Bouchard), comme Céline (Boutier) il y a quelques années. Un Majeur, c’est le rêve de toute golfeuse et Pauline est sur la bonne route. Cela demande énormément de travail, mais des joueuses comme Céline et Pauline sont investies à 100 % et elles peuvent le faire. Ce n’est pas facile, car il n’y a que cinq Majeurs par an, mais il faut avoir ce rêve. Céline Herbin et Perrine Delacour, qui jouent sur le LPGA, peuvent aussi le faire. Je n’exclus personne, même si c’est plus difficile de gagner un Majeur en ne jouant que sur le circuit européen, car la confrontation n’est pas la même.

Dans le top 100 mondial aujourd’hui, il n’ y a qu’une seule Française contre trois chez les hommes. Et dans le top 500 mondial, il y a huit Françaises contre quatorze chez les hommes. Comment expliquez-vous la moindre représentation de nos joueuses, par rapport aux hommes, dans l’élite du golf international ?

Le LET ne permet pas de très bien gagner sa vie chez les femmes, alors que chez les hommes le Tour Européen est tellement développé, qu’ils n’ont pas forcément besoin de jouer sur le PGA Tour. Les hommes peuvent atteindre l’élite mondiale en restant en Europe, alors que ce n’est pas aussi facile chez les femmes, qui ont moins de moyens financiers et moins de tournois à jouer. C’est plus difficile de faire appel à des expertises extérieures et d’améliorer son niveau de jeu dans ces conditions. Le LET a repris du galon cette année, mais la belle dynamique qui s’est créée a été hélas ralentie avec le virus, espérons que cela reparte rapidement en 2021…

Vous êtes inquiète pour l’avenir du circuit féminin ?

Tout le monde est inquiet, on n’a aucune certitude. C’est difficile d’anticiper la répercussion exacte de la crise, mais il va y avoir des conséquences, c’est certain. Encore une fois, une belle dynamique s’était construite… Ce que je dis aux filles, c’est qu’il faut garder ses rêves.

Votre victoire au Kraft Nabisco, en 2003 face à Annika Sörenstam, est-il le meilleur souvenir de votre carrière ?

Sans aucun doute. Il y a aussi mes deux victoires en Solheim Cup. J’ai le Nabisco dans la main gauche et les Solheim Cup dans la main droite… (rires)

On vous en parle souvent ?

Oui et non. Les gens ne m’en parlent pas forcément souvent mais je sens dans le regard de certaines personnes une forme de respect par rapport à mon parcours et cela veut tout dire.

Vous faîtes quand même partie des rares champions français, hommes et femmes confondus, à avoir gagner un Grand Chelem, que ce soit au golf ou au tennis…

Oui, c’est vrai, je suis heureuse de faire partie de cette petite élite du sport français et c’est bien agréable, même si cela n’a pas eu la même portée que si un homme avait gagné.

Vous avez succédé au palmarès d’un Majeur à Catherine Lacoste, victorieuse en 1967. Aujourd’hui encore, vous êtes ambassadrice Lacoste. Qu’est ce qui vous plaît dans cette marque ?

Tout ! Le crocodile est un emblème marquant et Lacoste est comme une famille pour moi. C’est une grande fierté d’être liée à cette marque, développée par un grand champion français. A la fin de ma carrière, c’était comme une évidence de rester associée à Lacoste. Avec Catherine Lacoste et Arnaud Massy, on est les seuls à avoir gagner un Majeur en France. C’est aussi une forme de continuité car je porte le crocodile depuis 1992 et mes années en équipe de France. Je m’habille 100% du temps en Lacoste et chez moi, il y a des alligators partout… (rires)

Quelques mois après votre victoire au Kraft Nabisco en 2003, vous êtes en tête du British Open après trois tours et bien placée pour un incroyable doublé. Le dimanche, vous rendez une carte de 76 et terminez à la 5e place à quatre coups d’Annika Sörenstam. Est-ce le plus grand regret de votre carrière ?

Non, je n’y pense pas vraiment. J’ai vécu un truc exceptionnel cette semaine-là. En fait, c’était presque trop facile après trois tours, j’étais sur un nuage, en tête du British Open au Royal Lytham & St Annes, je jouais à mon meilleur niveau depuis plusieurs mois, je ne ressentais presque pas de pression… Le matin du dernier jour au réveil, une petite voix m’a dit que ce n’était pas normal que ce soit si facile. J’ai commencé à me poser trop de questions, je me suis mise toute seule des freins. Je me disais que ce n’était pas possible que ce soit aussi facile de gagner un Majeur. En fait, pourquoi cela serait-il forcément difficile ? C’est dommage car j’avais presque la coupe dans les mains…

Après votre carrière, vous êtes opérée à deux reprises du dos…

Oui. En 2013, après avoir joué les championnats d’Europe avec Karine Mathiot, je commence à ressentir des fourmis dans les doigts de pied. Puis, en descendant du train, je n’arrive même pas à lever le pied. Mon père, qui est kiné, m’a emmené direct passer une IRM, laquelle a décelé une hernie discale. On m’a opéré d’urgence cinq jours plus tard car il y avait un risque de paralysie. Trois ans après, je me bloque le dos après avoir tapé des balles avec Marion Ricordeau. Je suis restée un mois et demi couchée, je ne pouvais plus rien faire. J’ai été de nouveau opérée, en janvier 2017, au niveau des vertèbres L4-L5. Derrière, il a fallu faire une grosse rééducation, j’ai porté un corset pendant trois mois…

Le dos est souvent le talon d’Achille des golfeurs. Quels conseils donneriez-vous aux amateurs pour ne plus « en avoir plein le dos »,  si j’ose dire ?

Il est crucial d’entretenir ses muscles du dos et sa ceinture abdominale. Il est important de s’échauffer avant de jouer et de s’étirer après, même si c’est seulement pendant cinq minutes, cela en vaut vraiment la peine. La fédération a d’ailleurs mis en place un protocole d’échauffement pour les jeunes, qu’on leur apprend dans les équipes de France. Cela doit faire partie de leur quotidien et s’inscrire dans la durée de leur parcours d’athlète de haut niveau.

Durant votre enfance ou pendant votre carrière, y a-t-il une joueuse ou un joueur que vous admiriez particulièrement ?

Oui, quand j’étais jeune, j’ai pris une joueuse et un joueur comme modèle : Marie-Laure de Lorenzi et Bernhard Langer. Inconsciemment d’abord, puis consciemment j’ai développé leurs qualités. Dans le placard de ma chambre, j’avais gardé le décomposé du swing de Langer. J’étais attirée par sa rigueur, son côté méticuleux. Il faisait la même routine à la seconde près, il faisait toujours la même chose. Avoir Langer comme modèle m’a permis de développer la rigueur que j’avais en moi, ainsi que ma capacité à répéter la même routine. C’est important d’avoir des automatismes, quelles que soient les conditions extérieures ou les émotions que l’on peut ressentir. J’ai ainsi acquis une routine sur laquelle j’ai toujours pu me raccrocher, c’est la fondation qui m’a permis de réaliser ce que j’ai fait durant ma carrière.

Et Marie-Laure de Lorenzi ?

J’ai eu la chance de jouer et d’échanger avec elle à mes débuts. Marie-Laure de Lorenzi, c’est une forte personnalité qui, au premier abord, me semblait un peu dure, peu abordable. Un peu impressionnée et toute timide, je lui ai demandé pendant un tournoi si l’on pouvait dîner toutes les deux. Elle m’a juste répondu : « OK » (rires). Je lui ai posé plein de questions et j’ai découvert quelqu’un d’une grande richesse et d’une grande gentillesse. Elle m’a beaucoup appris. Marie-Laure de Lorenzi et Bernhard Langer sont les deux personnes qui m’ont le plus imprégnée au début de mon parcours golfique.

Et Langer, vous avez pu lui parler ?

Non. J’ai eu l’occasion de le croiser mais je n’ai jamais osé aller le voir pour lui parler. On évoquait mon plus gros regret tout à l’heure. C’est peut-être cela finalement…

Propos recueillis par Franck Crudo

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