Le président de la Fédération Française, Jean-Lou Charon, évoque pour Swing Féminin la crise actuelle liée au coronavirus et la fermeture des golfs pour une durée indéterminée.

Jean-Lou Charon, président de la FFG

Jean-Lou Charon, le président de la Fédération Française de Golf. @FFG

Bonjour Président, d’abord où êtes-vous actuellement et comment vous portez-vous ?

Jean-Lou Charon : Très bien merci. Je suis confiné chez moi, en Bretagne. Avec mon épouse, nous avons quitté Lyon il y a quelques mois pour nous installer à Saint-Cast-le-Guildo, où il y a d’ailleurs un très beau golf, récemment rénové. Avant vous, j’étais au téléphone pour faire le point avec notre DTN, Christophe Muniesa, qui est très occupé en ce moment vous vous en doutez.

Comment s’est décidée la fermeture des golfs, le week-end dernier ?

Cela s’est fait en deux étapes. Il y a d’abord eu l’allocution télévisuelle du président de la République, qui a envoyé le message qu’il fallait mettre en pause les activités rassemblant du public. Puis l’intervention samedi soir du Premier ministre et la fermeture des lieux publics a accéléré les choses. Nous avons immédiatement fermé le Golf National, dans les Yvelines, et nous avons préconisé la fermeture de tous les golfs. Je dis « préconisé » car nous n’avons pas le pouvoir de nous immiscer dans les décisions des golfs privés. Mais nous avons beaucoup travaillé ce week-end pour prendre une décision solidaire avec l’ensemble des golfs. Nous avons pris cette décision en concertation avec le ministère des Sports, mais aussi tous les acteurs du golf français, le GEGF (Groupement des Entrepreneurs de Golf Français), le GFGA (Groupement Français des Golfs Associatifs), l’ADGF (Association des Directeurs de Golf de France)…

Dimanche dernier, certains parcours étaient encore ouverts…

Oui, c’est vrai, mais depuis dimanche soir, ils sont tous fermés. Cela partait d’un bon sentiment pour certains, qui estimaient que l’on pouvait conserver une activité sportive en plein air, car le risque d’être infecté en jouant au golf est très faible. Mais le gouvernement estime que l’accueil du public augmente les risques de contamination. Nous avons un devoir de solidarité, notre devoir est de protéger les golfeurs.

Certains golfeurs s’interrogent sur la logique qui consiste à fermer des parcours de golf, mais pas les commerces et les transports en commun. Cela semble pourtant mille fois plus risqué de prendre le train, le bus, le métro, voire même de faire ses courses dans un endroit confiné que de jouer au golf en pleine nature. Il est même toujours possible de courir, de “pratiquer une activité physique individuelle” près de chez soi. N’y a t-il pas là une certaine incohérence ?

Il y a une contradiction en tout cas, c’est vrai. Les gens font leur footing, font du vélo… Cela paraît bien plus dangereux de prendre les transports en commun, l’exode en train des Parisiens après l’annonce du confinement a démultiplié les risques par exemple. Mais concernant les golfeurs, il y a un élément important qu’il ne faut pas oublier. Nous avons calculé qu’un golfeur roule en moyenne 27 km pour se rendre sur un parcours. Cela va à l’encontre de la préconisation des pouvoirs publics, qui demandent de restreindre au maximum les trajets en voiture.

Savez-vous combien de temps les golfs resteront fermés ?

Cela dépendra évidemment du délai de confinement. On est parti pour 15 jours au moins, plus potentiellement 15 jours de plus…

Combien de temps les golfs peuvent-ils tenir sur le plan économique ?

C’est difficile à dire, les golfs sont à l’arrêt complet. Cela dépend des bilans, des réserves financières de chacun d’entre eux. Mais c’est sûr que les golfs les plus modestes vont avoir du mal à supporter une fermeture, ne serait-ce que de trois ou quatre semaines.

Cela signifie que certains parcours pourraient ne jamais rouvrir ?

C’est à nous de trouver des solutions pour que cela n’arrive pas, en concertation avec les pouvoirs publics. On peut envisager un système d’aides, un étalonnement des charges, des impôts…

Avez-vous en mémoire une crise équivalente pour le golf depuis l’après-guerre ?

Non. C’est du jamais vu depuis la Seconde Guerre Mondiale, où de nombreux parcours servaient de bases militaires. Ce qui est certain, c’est qu’il y a aura un avant et un après cette crise, qui est aujourd’hui sanitaire mais qui sera demain économique. Cela pose de nombreuses questions pour les clubs, mais aussi pour la Fédération. Tous les golfeurs reprendront-ils leur cotisation ou leur licence l’an prochain ? L’année 2020 s’annonce difficile. Je vais d’ailleurs réunir prochainement par téléphone un comité de gestion pour évaluer la situation.

Propos recueillis pas Franck Crudo

 

https://www.ffgolf.org/

Lire aussi, notre entretien avec Jean-Lou Charon en mars 2019 :

Entretien avec Jean-Lou Charon : « Le nombre de licences repart à la hausse chez les jeunes »