Sur les majestueuses falaises visitées par les touristes du monde entier, jouer à Etretat est une expérience golfique unique. Visite d’un parcours plus que centenaire et vraiment pas comme les autres.

Photo : D.R.

Magique, vertigineux, à couper le souffle. Les qualificatifs manquent lorsqu’on pose sa balle sur le tee du 10, sans doute l’un des plus beaux départs qui puisse exister sur notre planète. Dressée sur l’une des célèbres falaises, caressée par le vent d’ouest,votre balle s’apprête a réaliser un grand plongeon vers le fairway au niveau de la mer. Les nombreux badauds qui déambulent sur les sentiers touristiques le long de ce trou n’hésiteront pas à applaudir, avec bienveillance, le moindre de vos doubles bogeys. Car sur le 10, en plus du cadre onirique, chacun de vos coups est scruté par des dizaines d’yeux indiscrets : l’espace de quelques minutes, vous êtes dans la peau de Tiger Woods soutenu par le public.

18 trous avec vue sur la mer

«  Ici, sur la falaise, à quelques 200 pieds au-dessus de la mer, s’étire le plus parfait des links de golf. Du club-house, on surplombe l’horizon sans fin de la Manche… », écrit en 1924 Miss Mitchell, dans ses chroniques estivales du Daily Mail. Tout est dit. Jouer à Etretat, sur l’un des plus beaux sites qu’offre notre littoral, a quelque chose de grisant et procure des émotions que l’on ressent rarement clubs en mains. C’est peut-être cela qu’on appelle l’ivresse des sommets.

D’autres trous valent aussi le détour, à l’image du 4, dont le green parfaitement manucuré donne l’impression de se jeter dans la mer du haut des falaises. Ou encore le départ du 14, qui nécessite d’enjamber le précipice. Grattes et tops déconseillés. Les 18 trous offrent d’ailleurs une vue unique sur la côte d’Albâtre et la Manche. On regrettera juste, histoire de faire la fine bouche, des roughs trop pénalisants alors que le parcours, souvent giflé par les caprices d’Éole, se défend déjà très bien…

Franck Crudo, l’auteur de l’article, au putting trou no 9 – © Franck Crudo

Entre histoire et géographie

Construit en 1908, à l’initiative notamment des Britanniques (à l’instar d’autres golfs en bords de mer comme Wimereux, Dinard, Dieppe ou Biarritz), le parcours ne compte que 13 trous à l’origine et est dessiné par Julien Chantepie (architecte du golf de la Boulie) en collaboration avec un certain Arnaud Massy. L’unique vainqueur français d’un tournoi du Grand Chelem (le British Open 1907) enseignera et finira d’ailleurs sa vie à Etretat, en 1950.

Durant l’entre-deux guerres, le golf atteint les 18 trous et un club-house avec une vue majestueuse sur la mer est édifié, en surplomb de l’hôtel Dormy House. Mais la Seconde Guerre Mondiale va en partie ravager le golf, tout comme la ville d’ailleurs. Infesté de mines, le parcours est « nettoyé » à la Libération par des prisonniers de guerre allemands.

Entre histoire et géographie, Etretat est aujourd’hui un golf à part, qu’il faut avoir joué au moins une fois dans sa vie. L’un de ceux qu’on n’oublie pas. Un sentiment presque ineffable de driver sur une carte postale…

Franck Crudo